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Marie-Hélène Lafon : La mort en ses jardins.

2 069 vues | 02.11.12 | 8:32

Marie-Hélène Lafon est originaire du Cantal. Auteure d’une dizaine de romans et recueils de nouvelles (Le soir du chien, Liturgie, Les derniers indiens, L’annonce/Buchet Chastel), tous très ancrés dans le réel du monde paysan. Réel qu’elle transcende et porte en littérature par la force d’un style très épuré, généreux sous l’apparente âpreté.
Elle vient de publier Les pays et Album (Buchet-Chastel).

La mort en ses jardins.

« C’est une histoire de jardins. Et d’étés.

L’été de 1921, très enfui, très ancien, et pour toujours neuf parce que les étés et les jardins sont inépuisables. Vialatte a vingt ans, le jardin est à Ambert. Alexandre Vialatte lit le manuscrit de son ami, Henri Pourrat, un brouillon presque illisible, une choseembroussaillée ;  ça lui donne envie de marcher sur les mainset il le fait.  En 1988 je commence une thèse sur Henri Pourrat, je connais à peine le nom de Vialatte et je le rencontre là, marchant sur les mains, la tête à l’envers dans un jardin. For ever young ; jeune et en amitié.  Plus tard je lirai des romans, Battling, Les fruits du Congo, et d’autres textes, La Dame du  Job, ou Badonce  ou La Maison du joueur de flûte ; je lirai des chroniques rassemblées, et Allah sera grand, ainsi,  autrement,  et consécutivement, mais le pli premier ne s’effacera pas et Vialatte restera du côté de l’amitié partagée dans les jardins de l’été.

Jardins de lisières, lisières de la petite ville, du temps, du monde ; lisière et nombril, ou cœur ; être là, c’est être au cœur ou en lisière, au cœur et en lisière à la fois. Rester, partir. Ils sont les deux, en confiance donnée. L’un est resté, Henri Pourrat ; en 1921 il a trente- quatre ans, il écrit il lit il respire de tous ses poumons pris et a dû d’abord s’appliquer à demeurer vivant, là,  à Ambert, entre maison et jardins, loin des villes et de leurs trépidations ; l’autre, du haut de ses vingt ans, part, revient, repart, il habitera une langue apprise et choisie, la traduira, et fera sa vie d’homme ailleurs. Mais toujours le lien reste, vivace et têtu. Vialatte et Pourrat sont encordés, depuis 1915 et le collège d’Ambert où Alexandre Vialatte eut quatorze ans en même temps que Paul, le jeune frère d’Henri Pourrat. C’est le temps des jeudis obscurset du magasin Pourrat-Debaussaux,  mercerie-bonneterie-épicerie fine-quincaillerie-objets d’art, le temps des culottes courteset de la géométrie.

A Paul, mort de tuberculose  à Ambert le 5 avril 1923, Vialatte dédiera Battling, en 1928 ; dans le texte liminaire du roman  il parle à son vieux Paul, à l’ami qui dort sous la terre, dans l’argile fade, avec des yeux qui n’y voient plus. Tout est là, la gravité, la tendresse formidable, la douleur et l’incandescence de la jeunesse, le goût du rire, la joie des routes neuves, les plaisanteries de potaches et les emportements lyriques qui faisaient hurler à pleine gueule  dans les nuages du plateau. Tout est là, la perte l’absence le départ, ce qui toujours manque et après quoi l’on s’épuise à courir sans jamais l’étreindre tout à fait, comme dans les cauchemars, ou comme aux Enfers des Anciens où Ulysse ne peut embrasser sa mère, passée de l’autre côté.

Alexandre Vialatte et Henri Pourrat se sont écrits, ont écrit et se sont écrits pour s’exhorter mutuellement à écrire ceci ou cela, ceci plutôt que cela. Pourrat voudrait tempêter, et que Vialatte s’y tienne, aux vrais livres, au vrai travail, à ses devoirs d’état. Vialatte réclame des Mémoires, fais visiter ton jardin, et tant pis pour la vieille Bête du Gévaudan qui peut attendre et n’intéresserait plus personne. Quand Pourrat, après l’été de 1948 et un sévère accroc de santé, craint de ne pouvoir achever le Trésor des contes qu’il vient d’entreprendre, c’est à Vialatte qu’il pense le confier. En juillet 1959, Pourrat meurt, l’été rutile et Vialatte écrit la Chronique des grands jardins.  Les jardins croulent sous leur délire. Pourrat n’est plus là pour les chanter. Les roses trémières sont diaphaneset une ombre passe sur les jardins abandonnés. Vialatte a su danser avec les ombres, et tenir tête aux vertiges qui se creusent derrière les apparences. Grâces en soient rendues à celui qui marche peut-être encore sur les mains en quelque jardin définitif ».

 



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Alexandre Vialatte
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