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André Malraux : Batling le ténébreux

234 vues | 14.03.11 | 15:32

« Voici un livre où l’on rencontre le merveilleux ; on sait combien ils sont rares en France. Ce merveilleux n’est pas toujours pur, et un fantas­tique rhénan dont la source se devine l’alourdit parfois ; mais, à cette lecture, j’ai trouvé, à plusieurs reprises, le même ordre de plaisir qu’à celle de Nerval. Laissons l’intrigue sans importance — ce titre « sportif » suffira à créer un malentendu — au moyen de laquelle s’expriment non des personnages, non des hommes, mais des êtres réduits à cet état de mythes distincts que nous propose le début de l’adolescence. Le Principal, Rétine, Battling, Manuel, ont sans doute une vie humaine dont les échos nous parviennent parfois (c’est l’être social que le souvenir et la rêverie ont détruit ici ; les sentiments individuels : l’amour, l’amitié surtout, gardent leur force) ; mais tous ces personnages ont d’abord une vie légendaire. Par leur seule existence, ils se réduisent, dès qu’ils entrent dans le monde de l’auteur, à un état poétique dont les deux pôles sont ceux qu’exprimèrent jadis la féerie et la comédie italienne. D’où, de quoi naissent donc ces personnages d’une féerie moderne ? De n’avoir pas de but. La puissance créatrice des collégiens — la lampe de Manuel ne ressemble pas à Ubu par hasard — semble tenir à ce qu’un être imagi­naire qui vit sans attaches satisfait toujours, chez ceux qui le créent, un besoin particulier de libération. Le collège paraît absurde au collé­gien, qui voit ce qu’il a d’arbitraire, qui devine combien il est différent des maisons où agissent les hommes. Il est un cadre ; et tous les rêves des collégiens tendent d’abord à une poésie capable de détruire ce cadre, puis tous les autres. On peut prêter à Fantasio toutes les métamorphoses d’une nuit de Walpurgis, non une profession, non une obsession, sinon celle de son rêve et de sa liberté. « Qu’est la vie d’un adolescent qui veut vivre, hors de ce que les hommes ont de commun et de leurs passions, dans un univers particulier ? Comment cet univers et la passion se heurteront-ils ? » Battling le Ténébreux est une réponse à cette double question. Chacun de ses personnages s’est réfugié dans le rêve qui l’habite, à substitué son ordre à celui des hommes ; mais l’art de l’auteur consiste à supprimer le mouvement qui mène le personnage du réel au rêve, à le peindre comme si les rapports qui naissent du réel pouvaient s’établir à l’intérieur de son rêve.
Il n’existe pas de critique, à proprement parler, d’un livre conçu dans cet esprit. Pourquoi dire à l’auteur que je regrette qu’Erna soit Allemande et que la caricature de Manuel soit dans le style de Georg Grosz ? Tout cela est peut-être nécessaire à sa rêverie. Il s’agit seulement de savoir si cette rêverie peut s’imposer, s’il existera un monde de M. Vialatte comme il en existe un d’Alain-Fournier, un d’Hoffmann, un de Mac Orlan. Et la rue des Merveilles qui obsède l’adolescent, cette rue où des marchands turcs vendent des objets singuliers sous les lanternes vénitiennes, le cabaret « Mexico » où règne le sachem, la cour où Battling se réfugie entre les poubelles des rêves et sa méchanceté, le vieillard au melon gris, les sculptures de Manuel, tous les éléments de la folie lyrique de l’adolescence nous montrent le chemin d’un Pays de l’Oisiveté dont la prescription, si M. Vialatte l’entreprend quelque jour, agrandira précieusement le domaine, non du rêve, mais de la rêverie française ».  (N.R.F. décembre 1928) – (in Entretiens, p.83, éditions Subervie  – 1976 )

 



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Alexandre Vialatte
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